Papa j’ai peur

Bien sûr que nous aimerions tous faire avec nos enfants comme Roberto Benigni dans le film « La vie est belle* », leur faire croire que c’est comme un grand jeu géant, où il ne faut pas sortir pour ne pas perdre de points, ne pas aller à l’école pour en gagner, ne faire ni bisous ni câlin pour être le gagnant et recevoir le grand prix. Nous aimerions pouvoir les protéger complètement de cette réalité si difficile… les mettre dans une bulle afin qu’ils ne sachent rien de ce qui se passe en ce moment.

Mais nous ne sommes pas Roberto Benigni et ce n’est pas un film que nous vivons. Alors comment faire? Comment les protéger? Comment répondre à leurs questions et à leurs émotions?

Nous aurions envie de leur dire :

« Tu n’as pas à avoir peur, tu n’as pas à t’inquiéter, tout ira bien, papie et mamie ne vont pas mourir, la copine dont tu m’as parlé parce qu’elle toussait à l’école, va bien, donc ça ne sert à rien de s’angoisser… »

Pourtant, ce n’est pas forcément ce qui va les aider ni les apaiser.

Pourquoi?

Lorsqu’un enfant a peur, et que nous lui disons qu’il ne doit pas s’inquiéter, le message que nous lui transmettons implicitement est le suivant : « ce que tu ressens, tu ne devrais pas le ressentir ».

En faisant cela, nous essayons de « réprimer » son émotion. Or, quand les enfants éprouvent des émotions fortes, les techniques de répression des émotions ne les rassurent pas, voir, peuvent amplifier parfois leurs inquiétudes. Pourquoi?

Lorsqu’un enfant a peur et que nous lui disons qu’il ne devrait pas ressentir ce qu’il ressent, c’est comme si nous lui ajoutions une tâche supplémentaire : non seulement il doit se débrouiller seul avec sa peur mais en plus il doit résoudre un problème insoluble qui consiste à ne pas ressentir ce qu’il ressent. Ce qui est impossible, demander à un enfant de ne pas ressentir ce qu’il ressent, ce serait comme lui demander de contrôler la vitesse des battements de son cœur. Le cerveau ne peut pas faire cela. Ni contrôler la vitesse des battements du cœur, ni contrôler une émotion. Par contre, il est possible d’aider notre enfant à réguler cette émotion, comme nous l’aiderions à réguler les battements de son cœur si il vient de courir. Dans ce cas, nous lui proposerions de s’asseoir, de boire un verre d’eau par exemple. En clair, réguler l’émotion, c’est offrir un contexte à l’enfant où l’on permet à cette émotion d’exister. Il peut donc être plus aidant pour les enfants de leur dire «  je comprends que tu aies peur, tu dois être inquiet en effet, c’est difficile ce qu’il se passe, c’est normal d’avoir peur ». Accueillir l’émotion permettra à votre enfant de se sentir entendu et compris et ce sera alors plus facile pour lui de vous partager ce qui l’inquiète et d’échanger avec vous. Sinon il risque en effet de réprimer sa peur, de garder ses inquiétudes pour lui puisqu’il pensera qu’elles ne sont pas légitimes. Réprimer les émotions et garder ses inquiétudes est très difficile pour un enfant. Il utilisera alors des stratégies, un peu comme s’il enfermait tout ça dans une boîte, qui, quand elle sera pleine, débordera… par des cauchemars, des crises de larmes ou de colères, de l’agitation…

Permettons à nos enfants de vivre leurs émotions et de les traverser en les accompagnant sur ce chemin. C’est l’un des plus beau cadeau que nous puissions leurs faire dans cette période de crise. 

Zoé PENAU, psychologue clinicienne et formatrice à l’Institut de la Parentalité

*Il est bien évident que nous ne comparons pas ce qu’il se passe en ce moment au drame de la Shoah, la référence est utilisée afin de réfléchir à ce que peuvent vivre les parents et les enfants dans un contexte de peur.