Diversification et néophobie alimentaire

Mettre en place une alimentation équilibrée et variée pour son enfant ce n’est pas si simple. Quand et comment passer d’une alimentation lactée exclusive à une alimentation solide ? Comment encourager son enfant à découvrir de nouveaux aliments ? Découvrez au travers de cet article comment organiser la diversification alimentaire de votre enfant et comment faire face à la néophobie. 

Comment et quand commencer la diversification alimentaire ?

Le Programme National Nutrition Santé recommande de commencer la diversification à partir de 4 mois révolus. Avant 4 mois, le système digestif du bébé n’est pas mature pour digérer un autre aliment que le lait.  Jusqu’ à 6 mois, le lait reste l’aliment essentiel pour la croissance du bébé, néanmoins le bébé rentre dans une phase de découverte propice à l’introduction de nouveaux aliments. Le fait d’introduire tôt en petites quantités permet de limiter les risques d’allergie alimentaire en stimulant le système immunitaire c’est-ce qui constitue le principe de la désensibilisation pour les bébés nées à therme. Ce principe n’exclue néanmoins pas la consultation et le suivi pédiatrique surtout en cas de réaction cutanée lors de l’introduction d’un nouvel aliment. 

Cependant, c’est un véritable voyage pour lui qui découvre pour la première fois d’autres aliments et c’est à vous de l’accompagner afin que l’expérience ne soit que bénéfique. 

Par quoi commencer : des légumes mixés ou des compotes ? Et puis à quels repas les introduire ? 

Heureusement pour éviter le casse-tête aux parents il existe un « plan » général pour la diversification alimentaire (www.mangerbouger.fr). On va tout d’abord commencer par introduire des légumes mixés, lisses mais pas à tous les repas, le lait reste à ce moment la base pour l’enfant, plus les aliments sont variés mieux c’est ! 

L’important selon le dernier PNNS (Programme National Nutrition et Santé) est de donner toutes les catégories d’aliments : peu importe l’ordre, la famille de l’aliment, le gout de l’aliment (sucré/salé). Il est important de proposer plusieurs fois le même aliment afin de valider l’absence de réaction allergique et on donne  Il n’y a plus de notion de quantité, le bébé découvre quelques cuillères d’un aliment et on augmente les quantités en fonction de son envie, de sa satiété. 

Généralement, on propose de commencer les légumes lors du 2e repas de la journée et les compotes lors du 3e repas. Car un repas diversifié le soir peut être difficile à digérer la nuit. Chaque bébé et chaque famille sont différents, on adaptera la diversification en conséquence. Il n’y a pas d’intérêt à mettre des légumes dans le biberon car le but est de faire découvrir de nouvelles textures et une nouvelle façon de manger. Si le bébé n’est pas prêt à 4 mois, ce n’est pas grave, on réessaiera plus tard. 

Qu’en est-il des morceaux ?

De nombreux parents craignent souvent que leur enfant s’étouffe avec des morceaux. En fonction du développement de l’enfant, on va pouvoir proposer des textures moins lisses puis des morceaux. On est dans la période 6-9 mois qui est très importante pour la découverte alimentaire de l’enfant, de nouvelles saveurs, de nouvelles textures, plus c’est varié mieux c’est ! D’ailleurs on peut ajouter des arômes et des épices pour varier les saveurs dès le début, c’est même recommandé, par contre on évite le sel et le sucre.   

Il est important que l’enfant se tienne bien assis dans la chaise haute pour pouvoir manger un morceau. Le morceau doit être suffisamment gros pour que l’enfant puisse le tenir dans sa main, le manipuler, et le porter à la bouche. Il a besoin de sentir si c’est chaud, froid, dur, mou pour ensuite le mettre dans sa bouche et le mâcher. Il est préférable d’éviter les morceaux mélangés à la purée qui génèrent souvent un réflexe nauséeux car l’enfant s’attend à avaler une texture lisse et avale tout rond un morceau. On peut proposer un morceau de fruit cru bien mûr, un morceau de fromage pasteurisé, un légume cuit (type carotte ou fleurette de brocoli). Les boudoirs sont déconseillés car ils se cassent dans la bouche et ne fondent pas. La craquotte est plus facile à appréhender pour le tout petit car elle tient bien dans la main et fond avec la salive.  

En guise de référence l’OMS préconise une alimentation solide de 20% pour la période 6-9 mois et de 50% pour la période 9-11 mois.  

Il est important que l’enfant découvre à son rythme à un moment où les parents sont disponibles. En dehors des repas de famille et loin des écrans. Dès que l’enfant est fatigué revenez à une texture plus lisse. Certains enfants n’auront aucun problème avec les morceaux, d’autres seront hésitants, chaque bébé à sa propre personnalité et réagira différemment. L’important c’est de toujours être en confiance, beaucoup de parents redoutent ce moment car ils ont peur que leur enfant réagisse mal ou pire s’étouffe. Partager ce moment et manger avec votre bébé, lui permettra de vous observer et essayer de vous imiter.  

Les parents ont un rôle très important à jouer dans la découverte alimentaire. Un repas dans de bonnes conditions pour bébé c’est : pas de distractions (donc on oublie la télé ou le portable), des parents disponibles et un environnement calme, si le repas devient une course contre la montre l’enfant va se braquer et sera plus enclins à refuser la nourriture proposée. 

Qu’est-ce que la « DME » ?

La Diversification Menée par l’Enfant, est une manière d’appréhender la diversification en poussant l’aspect « acteur » de l’enfant à son maximum. Le principe est le suivant : passés les 6 mois révolus du bébé on va l’assoir à table avec ses parents et lui présenter des aliments en petits morceaux qu’il va lui-même pouvoir manipuler avant de les porter ou non à la bouche. Les morceaux doivent être de la taille du poing de l’enfant afin de limiter le risque de fausses routes et d’étouffement. L’enfant devient complètement maître de son rythme et de sa découverte alimentaire.  

Le comportement à adopter pour les parents :

L’enfant est capable de savoir s’il a faim ou non mais ne sait pas s’il a besoin pour grandir de manger des féculents ou des protéines. Nous ne pouvons pas laisser la responsabilité à l’enfant de choisir l’intégralité de ses aliments. De plus, manger en morceaux nécessite une grande concentration pour l’enfant et le fatigue plus vite et potentialise les risques de fausses routes. L’enfant peut découvrir les morceaux à partir du moment où il tient assis en maintenant son dos droit. La DME nécessite que le parent soit disponible pour l’enfant tout le long du repas.  

Petits pots industriels vs le faits maison ?

Les petits pots et autres préparations infantiles ne sont pas à bannir. Il est important de vous déculpabiliser à ce niveau-là, ça arrive de ne pas avoir le temps, ou de ne pas aimer cuisiner. Il ne faut pas y aller les yeux fermés pour autant, il faut seulement éviter les produits transformés (type plat préparé) et ceux contenant des additifs. Les petits pots respectent les besoins nutritionnels du bébé avec un taux de sel, de protéines contrôlés. Privilégier les produits bio ou en agriculture raisonnée ou encore des surgelés, non préparés sont un bon compromis, pratiques, très frais et permettent de varier les menus même l’hiver. 

Il faut se méfier des yaourts infantiles qui peuvent contenir du sucre et des céréales à rajouter dans le biberon qui sont elles aussi très sucrées et ne présentent pas d’intérêt nutritionnel.  

Qu’en est-il des régimes végétarien ou vegan pour les enfants ?

Il est recommandé de fournir un régime « classique » aux bébés. Les enfants ne sont pas des adultes miniatures et ont des besoins spécifiques. Notamment de fer, couvert uniquement par les protéines animales. L’apport en fer par les légumineuses n’est pas suffisant car il faut manger beaucoup de lentilles, par exemple, pour avoir l’équivalent en fer d’un morceau de viande. Il faut se méfier aussi des « laits végétaux » qui sont en fait des jus. Ces boissons peuvent entraîner de graves carences, telles que le rachitisme. Seuls les laits infantiles et le lait de vache sont adaptés aux besoins nutritionnels du bébé. Les produits à base de soja (yaourts ou jus) sont à limiter car ils sont perturbateurs endocriniens. 

Si la famille souhaite que leur bébé suive un régime végétarien ou végan, il est indispensable de consulter son médecin avant pour associer des compléments alimentaires indispensables à la santé du bébé (lait de riz infantile, vit B9, par exemple) 

Mon enfant n’aime rien, c’est normal ?

Qu’est-ce que la néophobie ?

La néophobie est un phénomène naturel qui concerne même certains animaux comme les oiseaux. Après sa phase de découverte alimentaire l’enfant va avoir tendance à resserré son cercle d’alimentation autour d’éléments qu’il connaît bien. Cette période apparait entre 18 mois et 6 ans. Il s’agit d’un réflexe de survie pour empêcher un possible empoisonnement. Il existe plusieurs degrés de néophobie, tout dépend du caractère de l’enfant et de ce qu’il a connu dans sa phase de diversification alimentaire, du contexte dans lequel se déroule les repas. Certains enfants ne vont pas du tout être affecté, d’autres juste un peu et d’autres encore vont vivre une néophobie alimentaire plus prononcée. Certaines néophobies peuvent perdurer jusqu’à l’adolescence.  

Une solution simple existe dans ce cas, on présente l’aliment plusieurs fois, si bébé n’en a pas voulu lundi peut-être qu’il acceptera jeudi, on propose en général 7 à 8 fois le même aliment avant que l’enfant qui n’en voulait absolument pas au début ne finisse par l’accepter. 

Attention cependant, on ne force pas un enfant à finir son assiette ou à manger quelque chose qu’il ne veut pas, il n’en gardera qu’un mauvais souvenir et sera encore moins réceptif à l’avenir. Une autre action à éviter est de proposer un repas de substitution à l’enfant qui comprendra alors qu’il a accès à un levier pour faire plier ses parents. S’il ne veut pas du repas alors il passe directement au dessert, il faut qu’il comprenne qu’il doit manger comme tout le monde. De la même manière les punitions ou réprimandes sont à proscrire au moment du repas : on ne punit pas un enfant d’une absence de dessert s’il ne finit pas son assiette. Une bonne idée pour ouvrir son enfant récalcitrant à de nouveaux aliments est de varier son environnement de repas, en effet un enfant est plus disposé à manger quelque chose dont il ne veut pas à la maison dans un autre environnement : à l’école, chez un copain, chez ses grands-parents… Le fait de proposer de cuisiner les aliments, de jardiner et d’aller chercher fruits et légumes au jardin peuvent être des idées avec un enfant “sélectif”. 

Si on soupçonne que son enfant est atteint d’un trouble de l’alimentation il ne faut pas hésiter à consulter un spécialiste. 

Lien vers le site santé publique : 

Jeunes enfants de 0 à 3 ans : du lait à la diversification (mangerbouger.fr) 

Liens youtubes elaborés par santé publique : 

Diversification alimentaire : on apprend, on teste et on s’adapte – YouTube 

Sachez qu’un professionnel des Instituts de la parentalité est là pour vous écouter gratuitement et sur rendez-vous.

Retrouvez les dates de nos prochaines permanences conseil au 07 690 990 73 ou sur notre site https://institut-parentalite.fr/permanences-conseil/

Retrouvez l’entretien, en vidéo, de Barbara Lemale, infirmière puéricultrice à l’association Pôle Parents Bébés Bambins, adhérente de la Fédération des Praticiens de la Parentalité.

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