La voix et le chant comme repère rassurant pour le jeune enfant

La voix de ses parents est perçue depuis le ventre maternel par le bébé. En contact direct avec la voix de sa mère par les résonances intérieures du corps, il perçoit également les sons et les voix de l’environnement dès le 6e -7e mois de grossesse. Il peut d’ailleurs réagir à des sons intenses par exemple en sursautant. A la naissance, le nouveau-né est déjà très attentif aux sons et tout particulièrement à la voix humaine, aux rythmes et aux mélodies.

La naissance est un moment chargé de ruptures pour l’enfant

Le nouveau-né passe du dedans du ventre au dehors, d’un milieu liquide au milieu aérien, d’une alimentation continue par le cordon ombilical à une alimentation séquencée (biberon ou tétée), d’une contenance permanente dans le giron maternel à des modifications régulières de ses appuis du corps, de ses sensations de portage et d’enveloppe etc. Au milieu de ces changements et bouleversements, il y a aussi des éléments qui vont « rester pareil », ou à peu près, comme notamment l’odeur et la voix de sa mère qui lui sont familiers d’avant sa naissance. Des expériences montrent qu’il réagit spécifiquement à la voix maternelle durant sa vie intra utérine. Et bien que la voix de la mère soit perçue de manière déformée in utero, le nouveau-né montre très vite après la naissance sa préférence pour la voix de sa mère par rapport à des voix inconnues.

De nombreuses expériences désagréables dans la vie d’un bébé

Dans sa découverte du monde après la naissance, l’enfant fait l’expérience de nombreux moments inconfortables pour lui : être changé, habillé ou au contraire mis tout nu, être mouché, recevoir un vaccin, vivre des soins médicaux… Il est important que l’enfant puisse exprimer son malaise et partager ses émotions, notamment dans tous ces temps de soins de la vie quotidienne. Le parent ou le soignant est alors acteur, à l’origine de la sensation désagréable et en même temps accompagnateur de ces moments-là. Il a pour mission de faire au mieux en prenant soin du bébé, c’est-à-dire être dans l’écoute de ce malaise, dans l’adoucissement autant que possible, sans se décourager face à la nécessité du soin en cours et sans se laisser trop « embarquer » dans la tension du bébé.

Du côté du parent, l’arrivée de bébé est aussi un profond bouleversement, merveilleux et en même temps plein de moments émotionnellement difficiles. Pour les traverser, il est important que le parent soit dans l’accueil de ses propres limites [Lien Article 2] et qu’il puisse identifier et mobiliser des ressources dans ces moments difficiles.

Facteur de continuité pour l’enfant, la voix et le chant sont aussi le moyen pour l’adulte de se recentrer sur lui-même.
La continuité du lien à l’adulte est essentielle pour l’enfant, lien qui peut être mis à mal dans ces situations fortes en émotions qui contaminent la relation enfant-adulte [Voir article 1].

Par le souffle et la respiration, l’adulte peut se remettre à sentir ce qui est en train de se passer dans son corps. Le chant relie directement au souffle et à la respiration. La prise d’air nécessaire au chant, engage à plus d’amplitude respiratoire. Le ventre s’assouplit sous le mouvement de va et vient de la respiration. Une meilleure oxygénation se fait. La régulation de la respiration permet de soutenir les régulations physiologiques et émotionnelles.
Dans ce moment de débordement, le chant peut permettre à l’adulte de se reconnecter à lui-même, tout en maintenant ce lien à son l’enfant. La mélodie, le son offert par la voix du parent crée un bain sonore qui continue de contenir et d’accompagner l’enfant, qui dès tout petit est particulièrement sensible à la voix, aux mélodies et aux rythmes. La voix, notamment chantée, offre une étendue des fréquences du grave à l’aigue et circule au travers de vibrations. C’est par cet aspect vibratoire, mais aussi contenant, entourant, témoin de nos émotions « malgré soi » que la voix continue de relier l’enfant et son parent. C’est comme si un espace « entre deux » était créé par le son, comme un pont invisible et sonore, qui relierait l’enfant et l’adulte.

Chanter ces moment-là, ces moments difficiles et ces expériences désagréables du quotidien, c’est donner de la respiration, de la caresse sonore, maintenir le lien et adoucir le malaise de bébé.

Pour les adultes qui ne sont pas à l’aise avec la voix chantée, parler, nommer, décrire c’est aussi utiliser sa voix !

Quelques idées pour soutenir la créativité vocale et sonore dans les moments difficiles avec bébé…

Chantonner une mélodie connue sur un son « mmmmmh », bouche fermée, est particulièrement apaisant pour le bébé.
Chanter une voyelle, en gardant la même note tout le long d’une expiration : Inspirer puis chanter « Ooooooh… » tout le temps où il reste de l’air à expirer. Essayer plusieurs hauteurs de voix, les sons graves peuvent être plus apaisants pour bébé au début de la vie. Essayer les différentes voyelles, le «aaaaah », « ouh », « uuuuh », « iiiiiiih », etc. Remarque : L’enfant peut être contre l’adulte, directement sur les vibrations sonores de la poitrine de l’adulte.
Utiliser des chansons qui prennent un sens de rituel peu à peu, en chantant toujours à la même occasion « la chanson du bain », la « chanson du change », le temps que votre tout petit repère et s’habitue à ces moments initialement inconfortables.
Chanter une mélodie connue en changeant les paroles, et spontanément raconter ce qui est en train de se passer et/ou votre émotion du moment.
Vous pouvez utiliser des chansons déjà écrites en ce sens comme « Petit rituel du jour » Pascale PAVY. Edition Mango.

Et se faire confiance à sentir et ressentir les sons !

Laurence RENAUD, psychomotricienne