Etre parent aujourd’hui : le burn out parental

Entre rêve et réalité… 

Aujourd’hui les fonctions parentales sont traversées par de nombreuses représentations et nos projections nous amènent à investir la relation que nous allons construire avec nos enfants avec beaucoup d’idéalisme et de rêves. 

Pourtant la réalité n’est pas toujours à la hauteur de nos espérances et l’investissement, souvent considérable nous amène vers des états psychiques d’épuisement, que l’on nomme aujourd’hui BURN-OUT PARENTAL

 

 

1.Définitions

Dans un premier temps le « Burn-Out » est un terme qui apparait pour décrire un épuisement professionnel (évalué par l’échelle MBI (Maslach Burn-out Inventory). Le concept de burn-out a été décrit pour la première fois par H. FREUDENBERGER1, psychiatre américain dans un livre traitant de l’épuisement professionnel en 1974. En 1983, Edith Lanstrom2, qui publie « Christian parent burnout » (« Le burnout d’un parent chrétien »), est la première à introduire ce terme « burnout parental ». Elle est rejointe en 1984, par Joseph Procaccini3, professeur d’université en éducation et consultant en leadership, qui publie un livre sur ce sujet, transposant ses connaissances du burn-out professionnel au champ de la parentalité (mesuré par le Parental Burnout Inventory)

 

Trois dimensions sont atteintes dans ces états d’épuisement 

  • La sphère émotionnelle avec des difficultés importantes à ressentir, à exprimer ou à gérer ses émotions 
  • La dimension relationnelle : avec un désinvestissement de la relation à autrui se manifestant par des attitudes cyniques et froides avec son entourage
  • L’élan motivationnel et l’estime de soi avec des symptômes d’inaccomplissement ou d’inefficacité et un sentiment de perte des capacités 

 

Qu’il soit professionnel ou parental, les burn-out présentent les mêmes symptômes mais, ce qui les différencient c’est la sphère concernée : soit la fonction parentale soit l’exercice professionnel. Ils peuvent se distinguer l’un de l’autre, ainsi un parent en burn-out parental, peut continuer à être efficient au travail, et un parent en burn-out professionnel n’est pas directement empêché dans ses fonctions parentales. Mais ils peuvent également se combiner, majorant ainsiles vulnérabilités déjà bien présentes dans cette période de la parentalité. L’effondrement de l’humeur est alors massif et induit une souffrance intense

 

 2. Spécificités du burn-out parental 

 

Le burn-out parental, touche les parents exposés à un stress chronique dans leur parentalité, sans qu’ils parviennent à en compenser les effets. Décrit comme « un syndrome d’épuisement en lien avec le rôle parental » par Mikolajczak M. [UCL], il est autant moral, émotionnel et physique, tout en le distinguant de la fatigue. Pour le parent concerné, le simple fait de penser à ce qu’il a à faire est déjà épuisement. Il s’installe également une distanciation affective avec le ou les enfants. Décrit comme un mécanisme de défense en réaction au premier symptôme : en effet, le parent a le sentiment, parfois non conscient, qu’en se détachant de son enfant, il va tenter de le préserver de son déséquilibre émotionnel, lui témoignant alors moins d’affection. Il n’a d’ailleurs plus les ressources émotionnelles pour faire face à son engagement dans la proximité affective dont a besoin l’enfant et passe en « pilote automatique », en mode survie. La perte d’efficacité, conséquence des deux premiers symptômes vient alors envahir les pensées du parent : celui-ci ne se sent plus être un bon parent, il n’est plus celui qu’il était, celui qu’il voudrait être et ne se reconnait plus. 

 

Moïra  Mikolajczak4professeure et directrice de recherche à la faculté de psychologie de U.C.Louvain, travaille à l’institut de recherche sur le burn-out parental. Elle investit ce champ encore trop souvent méconnu et peu documenté, qu’est le burn-out parental (moins de 10 études sur le burn-out parental, toutes menées chez les parents d’enfants gravement malades)contrastant fortement avec la profusion de la recherche sur l’épuisement professionnel (plus de 23.000 études). 

Dans l’une de ses études, elle montre qu’environ 20 % des parents seraient « en difficulté dans leur parentalité » à un moment de leur vie de parents. Ces études montrent aussi que la prévalence (Nombre de cas d’une maladie dans une population à un moment donné) est plus importante dans les pays dits individualistes et qu’il touche autant les mères que les pères. Cet état psychologique constitue un facteur de risque dans les cas de négligence et de maltraitance. 

 

3.Qui est exposé ? Quels sont les facteurs de risque de développer un burn-out parental ?(Etudes de U.C.Louvain)

  • Le perfectionnisme, est un trait fréquemment retrouvé. Il est souvent associé à la pression sociétale du parent parfait et au culte de la performance 

Cf : le culte de la performance

  • Être une personne ayant du mal à exprimer les besoins
  • Les personnes ayant peu de soutien qu’il soit émotionnel (ne se sent pas compris et entendu) ou plus concret (aide fonctionnelle)
  • Les parents ayant des « pratiques parentales non optimales », qui rencontrent des difficultés dans la mise en œuvre des fonctions éducatives. 
  • Les parents pour lesquels le vécu de la proximité affective est source de malaise ou de mal-être : ils ont du mal à passer des moments de qualités avec leurs enfants car souvent ils souhaitent privilégier l’enfant, et lui faire plaisir, sans se faire plaisir. 
  • Les parents qui sont en difficulté face à cette période initiatique de l’accès à la parentalité et ce que certains auteurs appellent « le deuil des parents » : celui de la personne qu’on était avant d’être parent et celui du parent parfait. 

 

4.S’en sortir 

 

Honte et culpabilité envahissent les pensées de ces parents épuisés, qui attendent longtemps, « trop longtemps » pour demander de l’aide. Le mode « pilote automatique » impacte souvent leur discernement. Ils tiennent coûte que coûte, pour faire mentir la famille qui parfois critique les règles éducatives ou pour ne pas défaillir dans ce monde de compétition, où « l’échec » est vécu comme une incapacité. « Ils vont y arriver » et atteindre ce rêve qui les a conduits à ce désir d’enfant et à la construction de cette unité familiale si convoitée. 

 

Alors le premier temps, c’est la sensibilisation à cet état d’épuisement. Oui, il peut me concerner en tant que parent et il est souvent le témoin d’un engament parental très profond, qui a dépassé mes ressources que je ne parviens plus à équilibrer. 

Sans engagement parental profond, il n’y a pas de burn-out parental. Bien au-delà de la culpabilité, cet épuisement vient valider à ces parents en burn-out, qu’ils tiennent particulièrement à leurs enfants, qu’ils ont investi une énergie colossale et une attention incroyable afin d’offrir à leur(s) enfants l’environnement affectif dont ils ont besoin. Mais ils ne parviennent pas à réguler l’intensité de cet engagement.  

 

Cette première étape de sensibilisation va ainsi pouvoir conduire à la responsabilisation, qui va devenir un moteur de mobilisation, et va permettre de rentrer dans une demande d’accompagnement. Rétablir la balance entre « stresseurs » et « ressources ». Souvent, l’enfant va être l’objet de cette préoccupation, car la distance affective qu’il va subir va être à l’origine d’un sentiment d’insécurité, qu’il va manifester par des attitudes comportementales qui interpellent : troubles du sommeil, de l’alimentation, agitation, pleurs incessants…

Puis la phase d’accompagnement et de guidance va pouvoir être mise en place : sortir de l’isolement, être entendu(e) dans ses difficultés, rencontrer ses représentations de la fonction parentales, décoder les besoins de l’enfant… Le lien avec cet enfant si attendu, devient alors unmoteur de transformation sur lequel enfant et parent vont pouvoir se découvrir et expérimenter cette nouvelle étape de vie. Guidance spécialisée, psychoéducation, programmes d’habiletés parentales, exploration des modalités de construction des liens d’attachement…autant de modes d’interventions qui vont répondre à toutes les interrogations que l’entrée dans les fonctions parentales vont induire. 

Pauline GOUTODIER, psychologue à l’institut de la Parentalité et Le Dr Anne RAYNAUD, psychiatre & directrice de l’institut de la Parentalité.  

 

 Fais de ta vie un rêve, et d’un rêve une réalitéAntoine de Saint-Exupéry 

 

Bibliographies :

1 – Herbert J. Freudenberger  Burnout: The High Cost of High Achievement 1981  / 

ISBN-13: 9780553200485

2 – Edith Lanstrom / Christian Parent Burnout 1983 /ISBN-13 : 978-0570038979

3 – Joseph Procaccini / 

4 – Moïra  Mikolajczak / Les compétences émotionelles Dunod Février 2020 / ISBN 9782100793266

5 – Moïra  Mikolajczak, Isabelle ROSKAM, Le burn-out parental – l’éviter et s’en sortir, éd. Odile Jacob, 2017.