Allaitement et travail : trouvez votre rythme !

L’Organisme Mondial de la Santé recommande un allaitement exclusif pendant les 6 premiers mois de l’enfant puis une poursuite de l’allaitement jusqu’à l’âge de 2 ans. Pourtant, le congés post-natal en France n’est que de 2 mois et demi, alors comment conjuguer, pour les mamans qui le souhaitent, allaitement et reprise du travail ?

Des lois existent

Il est spécifié dans le Code du travail que vous avez le droit non seulement d’allaiter votre enfant ou de tirer votre lait pour lui sur votre lieu de travail, mais également que vous êtes en droit de demander des locaux adaptés à cette activité. Aucun employeur ne peut vous refuser cela.

  • Tout d’abord, une maman peut tout à fait utiliser ses temps de pause pour aller allaiter directement son enfant si celui-ci est gardé sur le lieu d’exercice de la maman. Cet allaitement peut être proposé au sein du lieu de garde mais également dans un local dédié à cet effet dans lequel l’enfant à “le droit de séjourner seulement le temps de l’allaitement”.
  • Si ce n’est pas le cas, elle peut alors bénéficier d’une pause dédiée au tirage du lait: « pendant une année à compter du jour de la naissance, les mères allaitant leurs enfants disposent à cet effet d’une heure par jour durant les heures de travail » (art. L. 224-2 du code du travail). Ce temps peut être réparti en accord avec l’employeur ou posé au milieu de chaque demi-journée de travail, par défaut. Toute entreprise employant plus de 100 femmes peut être sommée de proposer des “chambres d’allaitement” répondant à des critères spécifiques de confort et d’accès.
  • Sauf dispositions conventionnelles contraires (convention collective, accord collectif, accord de branche, d’entreprise ou d’établissement), les temps de pause ne sont pas rémunérés.

Le lait infantile, une solution à déculpabiliser :

Outre les bienfaits du lait infantile évident, il est primordial que ce choix découle d’une décision entre les parents. La santé mentale de la maman et du co-parent sont primordiales. Si le choix est fait de passer au lait infantile, alors la meilleure solution a été choisie.

Le tirage de lait :

Le tire-lait est un appareil qui permet d’extraire le lait du sein de façon à pouvoir ensuite le donner sous une autre forme que la tétée.

Différents types de tirage existent afin de s’adapter à chaque morphologie et situation. Gardez toujours à l’esprit que le tirage ne doit pas être douloureux. Si c’est votre cas dirigez vous sur un autre type d’appareil.

Voici une liste des différent appareils présent à l’achat ou au prêt :

  • Le tire-lait manuel
  • Le tire-lait électrique (acheté ou loué car remboursé par la sécurité sociale)
  • Le tire-lait électrique sans fil (pas à la location)
  • Le tirage manuel

Différents sites sont présents afin de vous offrir des conseils sur l’appareil le plus adapté à vos besoins et comment le trouver. Le site grandir nature loue des tire-laits et bénéficie d’un standard téléphonique de conseillers spécialisés! Afin d’être accompagnée au plus juste, n’hésitez pas à contacter une consultante en lactation certifiée IBCLC.

Acheter ou louer, comment le conserver ?

Les tire-laits peuvent s’acheter, se louer à la pharmacie ou bien en ligne. Cette location de matériel est remboursée par la sécurité sociale.

Lorsque l’on souhaite tirer son lait au travail et le lui donner en journée, il faut pouvoir le conserver correctement.

Dans l’état actuel des recherches, on peut dire que le lait se conserve :

– à température ambiante (19 à 22°), pendant 4 à 6 heures (max 8 heures),

– au réfrigérateur (0 à 4°), jusqu’à 8 jours,

– dans le compartiment pour surgelés d’un réfrigérateur, pendant deux semaines,

– dans le compartiment 3 étoiles d’un combiné réfrigérateur-congélateur, pendant trois à quatre mois, les recos sont 3 à 4 h à t° ambiante, 3 à 4j au frigo

Attention : ces durées ne sont pas cumulables ! On ne peut pas, par exemple, laisser du lait 10 heures à température ambiante, puis trois jours au réfrigérateur et ensuite le congeler pour six mois).

Le lait peut être stocké dans des poches plastiques à usage unique (facile à stocker au congélateur par exemple et à transporter) ou dans des pots de conservation qui pourront ensuite contenir des petits plats quand bébé aura grandi. Le tout est que ceux-ci soient propres et stérilisés avant la première utilisation.

Le tirage de lait, des aprioris à lever :

Retenez que le temps de tirage n’est pas ce qui importe le plus mais qu’il faut le faire plusieurs fois dans la journée, comme le ferait votre bébé s’il était avec vous.

Sauf problème médical, la baisse de lactation n’est pas à craindre, si vous tirez votre lait en journée. Vous pouvez avoir l’impression de ne plus avoir de lait lorsque vous allez tirer celui-ci pour plusieurs raisons :

  • La première est que la succion de votre enfant est, sauf pathologie, plus efficace que celle d’un tire-lait et que donc, la quantité de lait que vous tirez ne correspond pas à celle que l’enfant reçoit effectivement lorsqu’il tète au sein
  • Lorsque l’enfant tète, des échanges hormonaux se font entre la salive du bébé et les canaux présents dans les seins de la maman, ce qui module la production et la composition du lait. Il se peut donc que la diminution de ces échanges physiques à la reprise du travail perturbe quelque peu la lactation au départ. Mais cela se régulera par la suite.

Astuce : Si vous peinez à faire sortir le lait pendant le tirage, mettez une chaussette sur le contenant afin de ne pas voir le contenu tiré au fur et à mesure, installez-vous confortablement et regarder sans limite photos et vidéos de votre bébé!! Cela stimule l’hormone de l’amour qui, comme un fait exprès, est également celle qui déclenche la production du lait!

On entend souvent que si on donne le biberon, le bébé s’habituera à la tétine et qu’il risque de se détourner du sein. Bien qu’il n’existe que peu d’études à ce sujet il semblerait que cette “confusion sein tétine” ne soit pas valable. L’enfant peut effectivement trouver la succion au biberon plus facile que la tétée mais cela ne veut pas dire qu’il va arrêter de téter. Si cela est très angoissant pour la maman, alors il existe des alternatives comme les petits gobelets pour bébé, les seringues, à la cuillère etc.

Cette préférence envers la succion du biberon semblerait survenir surtout chez les enfants présentant initialement des difficultés de succion (même non diagnostiquées) consécutives notamment à la présence de freins buccaux restrictifs. Si tel est le cas, il est préférable de se faire accompagner par une consultante IBCLC afin de procéder de la façon la plus adaptée à l’enfant et au mode de garde. Il est de toute façon recommandé de ne pas introduire le biberon avant que la lactation soit bien installée au risque de stopper l’allaitement. A nouveau, rapprochez-vous d’un professionnel compétent. Attention à cette nouvelle “mode” des “freins” restrictifs qui sont des allégations de plus en plus fréquentes, et ne reposent sur rien ; les vrais freins de langue restrictifs sont très rares, demander l’avis d’un pédiatre.

Concernant la tétine, il est également conseillé de ne pas l’introduire avant la bonne installation de l’allaitement et ce, pour plusieurs raisons :

  • Le mode de succion à la tétine (ou biberon) et au sein, n’est pas le même. L’enfant peut donc “préférer” un support de succion plus aisé et immédiat. En effet, la succion au sein demande des efforts et surtout le lait ne sort qu’après une période de stimulation du mamelon plus ou moins longue. L’arrivée du lait au biberon est immédiate.
  • La succion au sein est nécessaire (sauf cas particulier) à la production de l’hormone permettant la production de lait adaptée à l’enfant. Si tétine il y a avant installation de la lactation, alors la lactation peut avoir du mal à se mettre en place.
  • La succion au sein n’a pas qu’une valeur nutritive, elle a une grande importance émotionnelle et affective. La tétine va donc espacer ces temps de tétée au sein dont le bébé a émotionnellement besoin.

Comment se passe l’arrêt d’allaitement ?

L’arrêt peut se faire quand vous le souhaitez, en douceur, en diminuant les tirages petit à petit jusqu’à les stopper (attention au risque d’engorgement). Aucune médication n’est nécessaire pour arrêter l’allaitement. Le fait de stopper les stimulations va faire baisser la production de lait.

Retenez surtout que vous faites du mieux que vous le pouvez et c’est ce qui compte. Si cela représente une charge mentale trop importante, alors écoutez-vous. Vous êtes la meilleure des mamans pour votre enfant, plus vous serez à l’aise avec vos choix, plus vous et votre enfant serez heureux et bienveillants envers vous-mêmes. Et si vous ressentez la moindre difficulté, adressez-vous à des professionnels qualifiés et formés en lactation humaine.

Retrouvez l’entretien, en vidéo, de Pauline Rigault, psychologue spécialisée en neuropsychologie, à l’Institut de la Parentalité de Paris-Sénart.

Bonne rentrée à tous et à toutes !

Pauline RIGAULT, psychologue spécialisée dans la neuropschologie

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