Devenir et être parent

“Devenir et être parent” peut se définir de multiples façons. On pourrait décrire ces fonctions comme l’ensemble des processus psychiques et affectifs qui permettent à des adultes de répondre aux besoins de leur(s) enfant(s) sur le plan physique, affectif et psychique, par le biais des compétences et habiletés parentales.

Ces dernières renvoient à l’ensemble des activités visant à assurer la construction et le développement de l’enfant afin qu’il soit apte à bien fonctionner dans une société donnée.

Elles reposent sur l’exercice de compétences précises, c’est-à-dire d’habiletés comportementales et relationnelles, et sur des attitudes, des valeurs et des croyances précises.

Aujourd’hui, devenir et être parent, exercer son rôle parental n’est pas chose aisée dans une société en pleine mutation, où tout va très vite, et où les conditions de vie ne sont pas toujours sécurisantes.

Epictète disait : «  Ce n’est pas la souffrance qui trouble les hommes, mais l’image qu’ils s’en font », et « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, ce sont les jugements qu’ils portent sur les choses ».

Cette citation nous éclaire sur le poids de notre regard, de nos représentations, qui peuvent s’avérer particulièrement limitantes dans l’exercice du rôle parental, d’autant que nous évoluons dans une culture basée sur les dysfonctionnements, une éducation qui corrige les fautes, beaucoup plus que sur la valorisation de ce qui existe et fonctionne.

Être parent, c’est …

« Prendre soin » de façon attentive et chaleureuse, nourrir, donner, offrir, puis apprendre à prendre, puis apprendre à aller chercher et à utiliser à l’extérieur….

« Guider » le développement de l’enfant, pour accompagner la construction de sa sécurité affective et de son épanouissement, en s’appuyant sur les valeurs parentales, mais aussi sur les normes et les représentations sociétales…. En s’appuyant également sur l’écoute et le partage des émotions, composants structurants de la construction identitaire de l’individu et véritables clés de compréhension de son évolution tant cognitive qu’affective.

« Protéger et éduquer», face aux dangers d’abord physiques puis affectifs, mais aussi intellectuels, relationnels et sociaux.

« Contrôler », établir des limites aux comportements, aux connaissances et aux relations, d’après ce qui a été établi par la fonction de guidance. Contrôler ne correspond pas à des abus de pouvoir ou une attitude d’autoritarisme, mais il s’agit d’offrir un cadre sécurisant, lisible et structurant pour ce petit être en construction.

…. Accueillir, s’adapter, explorer, découvrir, apprendre, imaginer, sentir, envelopper, traduire, contenir…

Les enjeux du devenir et de l’être parent sont multiples, et sont à mettre en lien avec l’histoire de chaque parent. Ils consistent, entre autre, à développer une sensibilité interactive avec l’enfant afin de lui assurer la sécurité relationnelle et la régulation émotionnelle dont il a besoin pour se développer, et varient selon l’âge des enfants.

Cela touche les questions de prévisibilité, de cohérence et de chaleur des comportements, l’importance d’établir des contacts visuels et physiques régulièrement, de prendre son enfant, de lui parler ; puis la façon de soutenir l’enfant dans son jeu et son exploration ainsi que les façons de lui faire sentir qu’on veille sur lui, même s’il n’est pas en interaction direct avec son parent. Avec le développement de la motricité de l’enfant et de son autonomie motrice et cognitive croissante, s’ajoutent des notions d’encadrement et d’autres notions concernant l’importance du jeu pour l’enfant, toujours en lien avec son développement car les gestes, le regard et la manière de veiller sur l’enfant ont un impact sur ce qu’il devient.

Or, lorsqu’on est parent, et aux prises avec des difficultés sociales et/ou personnelles, nous pouvons être plus en difficulté pour assurer notre rôle de parent : moins de temps et de disponibilité (physique et/ou psychique) pour interagir (parole, regard, etc…), et porter attention à ses expressions et ses vocalisations, ses signaux d’inconfort et de détresse, pour soutenir l’autonomie et donner un encadrement approprié.

Ces difficultés ne sont en rien une fatalité, ni irrémédiables, mais leur réduction, voire leur disparition passent par un travail de conscientisation des parents par rapport aux fonctions qu’ils jouent dans le développement de l’enfant, une participation à l’analyse de leur situation et à la planification des actions qui pourront en découler, et surtout un travail de réassurance des compétences et capacités de chacun, car il serait bien trop réducteur de rester centré sur les dysfonctionnements, défaillances, et difficultés, au risque de passer à côté de ce qui existe, et ne demande qu’à émerger et croître…