Les crises de colère chez l’enfant

Ou comment utiliser le lien d’attachement pour aider l’enfant face à la frustration

Lien vers la Partie 1

Alors comment faire autrement ?

Je prends souvent l’exemple de « l’échelle de la colère » pour expliquer ce qu’un enfant peut vivre face à cette émotion difficile. Imaginons une échelle à 5 barreaux. L’enfant est calme, puis il commence pour une raison ou une autre à devenir irrité : il vient de grimper sur l’échelle. Si nous n’aidons pas l’enfant, d’irrité, il va passer à énervé : il vient de grimper le deuxième barreau. Puis il se met clairement en colère : il vient de franchir le troisième barreau de l’échelle. Sans aide, il peut devenir agressif : il vient d’arriver au quatrième barreau et enfin, le dernier barreau vient d’être franchi : c’est la crise de colère. Il y a donc plusieurs étapes avant la crise, mais il faut s’imaginer que le dernier barreau est comme un seuil dans l’émotion, qui ne permet plus de l’aider à réguler. Autrement dit, une fois la crise arrivée, il n’y a pas grand-chose à faire à part attendre qu’elle passe (protéger l’enfant pour qu’il ne se fasse pas mal bien sûr ou le prendre dans les bras si il accepte le contact…). Souvent les parents demandent comment gérer les crises ? Nous n’allons pas vous aider à gérer les crises, mais à faire en sorte qu’elles n’apparaissent plus. Et pour cela il faut intervenir avant la crise, dès que l’on sent son enfant irrité, ou énervé… En tout cas bien avant le cinquième barreau de l’échelle.

Comment aider son enfant à redescendre de l’échelle de la colère ? La première chose, évidemment, pour aider un enfant à redescendre d’une échelle, c’est de ne pas y être soi-même.

Souvent, c’est l’inverse qui se passe : l’enfant commence à être irrité, le parent se sent irrité à son tour (il grimpe avec l’enfant sur l’échelle), et comme dans un cercle vicieux, chacun s’entraine vers le haut de l’échelle et la crise apparait plus vite qu’on ne l’imagine.
Plus le parent intervient tôt, dès les premiers signes d’irritation, en nommant les émotions de l’enfant, plus il va aider l’enfant à faire l’expérience de redescendre de l’échelle.

Imaginons un enfant de 4 ans qui voulait déjeuner ce matin avec son bol préféré. Mais son bol préféré est au lave-vaisselle… Sa maman lui explique, et l’enfant de répondre « jeee veeuuux mon boool !!!!! » la maman lui réexplique, l’enfant insiste, elle finit par le recadrer, il s’énerve et la tape, elle le gronde… c’est la crise.

Aider l’enfant à redescendre de l’échelle, c’est lui parler le langage de l’émotion parce que le langage de la logique et de la rationalisation (il est sale, il est dans le lave-vaisselle) ne marche pas tant que le cerveau des émotions n’est pas apaisé. En clair, pris dans son émotion, il ne vous entend même pas lui expliquer logiquement le pourquoi du comment….

Parler le langage de l’émotion avec empathie: « et oui, j’ai l’impression que tu avais très envie de ton bol préféré ce matin, tu l’aimes beaucoup ce bol, tu dois être très déçu », permet à l’enfant d’apaiser le cerveau des émotions.

La maman qui m’avait donné cet exemple du bol préféré m’a expliqué avoir accueilli l’émotion de son enfant lors d’un matin suivant, et la colère « s’est dégonflé d’un coup » : « je lui ai dit que je comprenais qu’il ne soit pas content, et que ça devait être difficile pour lui. Puis il m’a demandé un bisou pour l’aider et il est retourné à son petit déjeuner, avec le bol qu’il ne voulait pas au début, l’orage était passé, ça m’a pris 2 minutes ».
En verbalisant les émotions, en mettant des mots dessus, avec empathie, on aide l’enfant à redescendre de l’échelle.

Chaque émotion désagréable que votre enfant va avoir à traverser est comme une opportunité pour vous, en tant que parent, de renforcer le lien avec lui, en lui montrant que vous êtes là pour l’accompagner et qu’il peut compter sur vous dans les moments difficiles. C’est ce qui lui permettra aussi de se sentir compétent. L’idée n’est pas d’être laxiste en évitant toute frustration, l’idée est d’accompagner l’enfant pour traverser la frustration et ainsi renforcer sa confiance en lui.

Que se passe-t-il si l’on crie ? Personne n’est parfait, que l’on soit parents ou professionnels de l’enfance, il peut arriver à tout le monde de s’énerver et de crier sur un enfant, par fatigue, stress, impuissance…. Lorsque cela nous arrive, utilisons cette opportunité pour parler de nos émotions à nos enfants, une fois que la « pression » est retombée, et surtout s’excuser. Ce n’est pas se mettre dans une position de faiblesse que de s’excuser face à un enfant, au contraire, c’est lui montrer que l’on est suffisamment fort pour reconnaitre ses erreurs « excuse-moi, je n’aurais pas dû te crier dessus, tu vois, moi aussi parfois je peux être très en colère ». Si cela nous arrive trop souvent de crier, cherchons de l’aide, du soutien, des relais car pour sécuriser un enfant, il est important d’être sécurisé soi-même.


Références :
Faber et Mazlish : Parents épanouis, enfants épanouis
Nicole Guédeney : L’attachement, un lien vital
Catherine Gueguen : Pour une enfance heureuse
Isabelle Filliozat : Au cœur des émotions de l’enfant