Mais quand se décidera t’il enfin à marcher ?…

Etre le témoin des premiers pas de son enfant est toujours un moment empreint d’émotions pour le parent. Ces quelques pas sont souvent espérés depuis des mois, ils représentent pour les adultes le passage du statut de bébé au statut d’enfant. Pour l’enfant qu’en est-il ? Bien sûr, il se réjouit de l’engouement à son égard de la part des adultes qui comptent pour lui et dont l’affection est un véritable moteur. Mais plus encore, marcher c’est accéder à une nouvelle forme d’autonomie, c’est également développer son individuation en se dressant sur son axe.
Comment créer des conditions favorables permettant à l’enfant de faire ses premiers pas en étant confiant et conscient de ses possibilités ? Comment l’aider à construire un rapport équilibré et serein à l’autre et à son environnement ?

Encourager la sensation et le mouvement

Les travaux de l’Institut Pickler Loczy ont largement décrit les concepts de motricité libre et d’activité libre qui nous proposent une approche respectueuse considérant l’enfant comme « un partenaire doué de compétence, porteur d’une force de développement et actif dans ses interactions avec son environnement humain et physique » (2)
Il s’agit de soutenir le développement psychomoteur de l’enfant en lui permettant tout d’abord de se sentir, ce qui est indissociable de se mouvoir.
Par exemple, pour installer l’enfant en situation propice à développer ses compétences tant qu’il ne parvient pas seul à la position assise, il est essentiel de le positionner régulièrement allongé à plat sur le dos, le bassin dans l’axe. Ainsi, l’adulte qui reste à proximité de l’enfant lui offre la possibilité de sentir ses possibilités sensorielles et motrices, en attrapant ses pieds, en portant les objets à sa bouche, dans un climat chaleureux et bienveillant. L’usage de jouets attrayants pourra susciter chez l’enfant le désir de s’étendre, d’aller vers, et cet étirement conduira l’enfant progressivement à faire ses retournements. Les retournements de l’enfant sur un sol accueillant (c’est à dire un sol sur lequel il est bon de s’allonger) lui permettent de sentir le volume de son corps, de prendre conscience de ses appuis, et d’exercer sa force en se stabilisant peu à peu pour accéder plus tard et progressivement au plan vertical.

Offrir la possibilité à l’enfant d’exercer sereinement, en régulant lui-même à son rythme ses activités libres, ses jeux sensori-moteurs, ses sollicitations d’interactions avec l’adulte, c’est permettre au tout-petit de développer sa stratégie d’appropriation et de connaissance du monde et de construire son sentiment de sécurité.

Sécuriser l’environnement, adapter le matériel

Adapter la qualité de l’environnement et l’espace de vie de l’enfant au fur et à mesure de son développement lui permet d’éprouver par l’expérience, de s’approprier les objets, son espace, et d’y exercer sa « puissance » toute relative (1). Le dispositif spatial est pensé en fonction des besoins de l’enfant et des possibilités des lieux par le cadre, la dimension, les limites et le contenu du matériel.
Il est important de sécuriser cet espace d’expériences afin que chaque nouvelle exploration se fasse dans le plaisir, que les premières chutes soient amorties et construisent un rapport de confiance avec le sol. Depuis les premiers retournements, en passant par les redressements, les transferts de poids conduisant aux différentes manières de ramper, vers l’acquisition de la station assise, puis de la station à genoux, en passant ou pas par le quatre pattes jusqu’à la marche, l’enfant a besoin d’expérimenter ses appuis et ses repoussés avec le sol. Il est essentiel de proposer des sols de différentes densités (tapis, matelas, sable, sol dur, coussins…) permettant à l’enfant de bouger, changer de position, faire des jeux d’équilibration dans un espace où les émotions sont toujours autorisées et apprivoisées.
Le matériel et les modules intérieurs ou extérieurs permettant de prendre appui sur des niveaux intermédiaires pour passer du sol à la station debout ainsi que toutes les structures conduisant à grimper, escalader, sauter, se hisser… sont autant d’espaces de jeux, de plaisirs et d’explorations nécessaires et structurantes pour l’enfant en pleine construction de son axe identitaire.

Stop aux jeans chez les bébé !

Le choix des vêtements et des chaussures compte également. Il est essentiel de permettre à l’enfant de se ressentir dans des vêtements confortables, souples qui n’entravent pas ses mouvements et ses déplacements.
Tant que l’enfant ne marche pas, il est essentiel de privilégier les pieds nus afin que les capteurs sensoriels informent au maximum l’enfant sur : la position du pied, de la cheville, la pression et la mobilisation qu’il faut exercer pour effectuer des repoussés, stabiliser son équilibre, et qu’il développe une conscience de ses appuis dans la marche (je vous invite, pour retrouver un type d’expérience limitée telle que des chaussures montantes et rigides pendant l’apprentissage de la marche à utiliser des couverts avec des moufles pour manger…).

Pour conclure

Accompagner l’enfant dans son développement psychomoteur jusqu’à ses premiers pas, c’est l’observer, l’encourager et se rappeler que ce qui permet d’avancer, d’aller vers un but est le désir de grandir, la curiosité, l’exploration. Cette exploration est possible et naturelle chez l’enfant quand il se sent suffisamment sécurisé et qu’il sait qu’il peut revenir vers l’adulte dans les situations de détresse ou de danger. La chute est l’occasion de nouer un rapport de confiance avec l’adulte qui prend soin de lui en étant sensible à ses émotions perturbatrices, de renforcer la conscience de ses appuis dans le sol, et d’apprendre plus sur lui et sur son environnement. Ainsi, parce que dans le développement psychomoteur, les chutes sont aussi importantes que les premiers pas, je terminerai avec cette expression : « Chaque fois que je me plante, je pousse »


BIBLIOGRAPHIE :
COEMAN (A.) Développement de la spatialité chez le jeune enfant, ed ASBL étoile d’herbe, 2008
DAVID (M.) et APPELL (G.) « Loczy ou le maternage insolite », éd Eres 2015 : 2ème édition
DE WOOT (C.) et BALBEWYNS (P.) Livre DVD « Un bébé comment ça marche » Pour accompagner votre bébé, de sa naissance à ses premiers pas, ed Latitude Junior, 2007
GUEDENEY (N.) L’attachement un lien vital, ed fabert, 2007
LAVERGNE (S.) Pourquoi il ne faut pas asseoir les bébés, L’ASSMAT, n°118, avril 2013
MARCELLI (D.) et RAFFENEAU (F.) « Le bébé et le jeu », Le Journal des psychologues 2012 / 6 (n° 299), p. 18-23.
VASSEUR (R.) « Importance des aspects biomécaniques et des points d’appui posturaux dans la genèse de l’axe corporel » In: Enfance. Tome 53 n°3, 2000. Le bébé, le geste et la trace.